mercredi 1 novembre 2006

Lost and found

Je me lève à l'heure où Judith s'endort, les yeux tellement dans le brouillard que j'en oublie la barette papillon qui fera le vol avec moi. Dans le métro vide, je me ronge les ongles, j'angoisse. Je l'ai déjà dit plusieurs fois la semaine passée, et souvent on m'a répondu : "Oh oui, moi aussi, j'ai peur en avion". Mais je n'ai pas peur EN avion, j'ai peur de PRENDRE l'avion.

Where is terminal one gate number twenty seven ? Which bus goes to the airport ?

Les questions se bousculent : Quel bus prendre, où descendre, comment ça se passe, est-ce que je peux prendre mon sac en bagage à main, s'il est en soute, va-t-il tout seul jusqu'à l'autre avion, à la correspondance - avec ses petits pieds, par exemple ? A Denfert-Rochereau, je soupire, soulagée, c'est tout indiqué, ça parait simple. Je descend à Antony, monte dans l'Orlyval, plus légère de sept euros et des poussières. Nouveau stress, à quel terminal dois-je me rendre ? Il est six heure quarante-cinq, j'ai dormi moins de trois heures, j'erre, hagarde, dans le terminal Ouest, mais mon avion est au terminal Sud.

Where is the check-in desk ? Where is the check-in desk ? Excuse me !

Bon an, mal an, je réussis à envoyer mon minuscule sac en soute - soumis à la punition de la cale pour avoir contenu une malheureuse pince à épiler, je m'interroge sur les supplices qu'on pourrait effectuer avec un tel objet qui n'auraient pas leur équivalent manuel - je trouve ma porte d'embarquement, je monte dans un coucou peu engageant, la trouille qui m'avait oublié jusque là s'abat sur moi, je me rassure : j'ai pris plus de cinquante fois l'ascenseur cette année et je n'y suis pas restée, je ne vais pas mourir dans un malheureux crash d'avion. De toute façon, ma réelle angoisse est tout autre : mon vieil anglais rouillé va-t-il suffire pour réussir mon changement à Düsseldorf ? Le single de Exchpoptrue me vrille la tête.

Please do you have your boarding card ?

J'ai 25 ans, je ne suis pas montée dans un avion depuis ma majorité, je n'ai jamais volé seule. Là, tout de suite, j'aimerais vraiment qu'on me glisse une foutue carte "enfant non accompagné" autour du cou.

vendredi 22 avril 2005

Ourobouros #1

Je l'ai trouvée près de la fenêtre, les yeux fixés sur la brûlure de l'immeuble d'en face, une canette d'Energy Drink à la main. On voit à grand peine le bouquet HLM à travers la neige, ça repose l'esprit, et la gadoue formée sur les trottoirs par ces mêmes flocons, bouillasse infâme, suinte de mes semelles au parquet. Le bruit de mes clés dans la serrure ne l'avait même pas fait broncher. Tout en pendant mon manteau à la patère, je retiens la question qui me brûle les lèvres, par peur de m'entendre répondre que c'est moi qui l'ai enfermée la veille au soir, avant de filer me perdre entre les phares des taxis. Et j'essaye de ne pas entendre la chanson qu'elle fredonne, de ces très bons morceaux entachés à jamais par les mauvais souvenirs.

lundi 3 janvier 2005

Recit ferroviaire

Une heure d'attente, chez moi ça tient de l'extraordinaire. Béret bien enfoncé sur le crâne, je surveille le train 1003 en sirotant une spécialité du coin, de l'eau du robinet aromatisée Sprite. Puis, lassée de la sentir constamment accrocher mon auriculaire, je gratte la gommette noire dissimulant le prix de mon roman. Je mets les yeux dans un genre que j'ignore, et je souhaite vaguement que l'auteur, qui m'avait presque déçue dans le style blasphémo-fantastique, me convainque un peu plus dans le cyberpunk à vapeur. Les chiffres flap-flappent sur le tableau des départs, et mes mesures anticipatoires portent leurs fruits : je me place en tête de cortège pour l'assaut du monstre coralien, et me dépêche entre les sièges verts jusqu'à une place encore plus vide que les autres puisque dépourvue de petit carton. Je soupire, je m'étouffe. Je sais que tu es adepte de jolies choses, alors je te le dis : ça fait une semaine déjà que je mouche en quantité industrielle une morve couleur bouton d'or, à se demander quelle bactérie peut générer une couleur si chatoyante. J'attrape le magazine en lambeau lâchement abandonné dans le filet devant moi, et contemple en couverture les yeux rimellés au bic noir de Sandy, la nouvelle héritière télévisuelle du nom à particule. Je décide arbitrairement que son animal-totem est le pangolin, et qu'en conséquence, elle se ruine en Nivéa. Cette pensée me réjouit, et je repose la loque avec la satisfaction de travail bien fait. Il est nouvelle année moins le quart, le diamant fou scintille dans ma cochlée. J'aimerais te dire que si la bonne longueur pour les jambes, c'est quand les pieds touchent bien par terre, alors quand je te vois je suis courte sur pattes, car mes semelles flottent à cinq centimètres du bitume, mais présentement j'ai plutôt les talons bien enfoncés dans le sol, de peur d'être emportée par ma propre vague d'amertume. De toutes façons, les rails m'entrainent loin-de-toi-près-de-toi, et mes orteils tâtent déjà la banquette, tandis que ma tête s'affaisse sur le rebord climatisé, promesses de sympathiques dorsalgies. Je plonge dans les nimbes superficielles du sommeil SNCF et en oublie de me demander pourquoi je parle toujours de trains.

jeudi 9 décembre 2004

Copies

Un geignement s'élève de sous la couette brune, et une main attrape le combine grincant. Il est neuf heures, et je viens de m'asseoir à mon bureau. Fidèle au poste, bouclage en vue. Sa tête émerge des couvertures, cheveux chatains veinés de rose et d'orangé, épargnés par la crise JeanneMassienne. Elle lève les yeux vers moi, et m'informe d'une voix pâteuse, "c'est normal, c'est une image résiduelle." Ca suffit. J'attrape la télécommande du ghetto-blaster et la braque vers elle, j'appuie le bouton rouge. Elle disparait comme ces vieilles télés s'éteignent. Le téléphone retombe mollement sur l'oreiller, l'éclairage de l'écran persiste un peu, vestige de sa présence. Et s'éteint.
La porte s'ouvre en grand, laissant entrer une silhouette dégoulinante, entortillée dans une serviette-éponge trop petite. L'empreinte de ses pas luit sur le carrelage, et lorsqu'elle s'accoude à mon fauteil, trois gouttes viennent s'écraser à moins d'un centimètre de mon clavier. "T'as raison, qu'elle soupire près de mon oreille, je suis pas du genre à m'imaginer des dons d'ubiquité. Je te suffis à moi-même, non ?" Cliquetis de clavier, froissement de papier. Je presse compulsivement la touche Shift. Le bruit de son souffle cesse. Elle pose néanmoins un bol de corn-flakes sous mon nez, et en ingurgite une cuillère.
"Je perd patience, tu sais." En un instant je me retrouve debout, les bras ballants, tandis qu'assise à ma place elle fait courir le curseur sur l'écran. "J'essaye d'être forte, de ne pas y prendre garde, mais ça me ronge insidieusement. Quand je suis d'humeur paranoïaque, je soupconne de la malveillance, planquée sous un masque d'inconscience. D'accord, parfois, ça devient tellement irréel que ça pourrait aussi bien disparaître. Mais de temps à autre, ça me revient comme un coup de poing." Puis elle engouffre un Oréo®, "pour le moral, tu comprends ?"
Moi aussi, je perds patience. Ses considérations larmoyantes, sa plainte complaisante, ça fait longtemps que j'ai relégué ça au fin fond de ma conscience, je n'ai ni l'envie ni le temps d'y penser. Je l'écarte d'un mouvement de coude, et elle s'efface, docile. Les gouttes d'eau sont toujours intactes sur le bois de mon bureau, je les fixe longuement, la tête pleine de rien. Plus que deux heures, plus que sept jours. Plus que quatre mois, plus qu'un an et demi. Je ne sais plus exactement ce que j'attends, alors dans le doute, j'ouvre cr_bnf.rtf. Le curseur clignote juste après le mot copie

mardi 26 octobre 2004

La triste histoire des lutins sans anus

Je racontais l'autre jour cette histoire, que j'ai lue dans La Grande Encyclopédie des Lutins, et que je trouve à la fois très mignonne et absolument ignoble. Je pourrais disserter sur la symbolique sous-jacente, mais tout le monde s'en cogne, moi la première. Bref, la voici :

Il s'agit donc de lutins, même si je pense qu'on ne peut pas les appeller comme ça, vu qu'ils vivent près de l'équateur, probablement en Amazonie, ou peut-être en Afrique. De toutes façons, lutins ou pas lutins, ils étaient heureux, ils vivaient tranquillement et se nourrissaient du parfum des aliments. Et puis un jour, des (connards d')explorateurs sont arrivés, et ont évidemment voulu imposer leurs coutumes : ils ont poussé les lutins qui n'en sont pas vraiment à ingérer les aliments. Or, bien qu'étant dotés d'un système digestif en parfait état de marche, les petits êtres ne possédaient pas d'orifices leur permettant d'excréter les déchets résultants de ladite digestion. Ils sont donc devenus très agressifs, il faut bien dire qu'une occlusion intestinale (rectale, en fait), ça n'est pas agréable du tout. Là-dessus, les explorateurs, jamais en panne d'idées pourries, ont décidé de creuser un anus à tous les lutins avec leurs couteaux. Je vous fait pas de dessin, dans la jungle, les conditions d'hygiène ne sont vraiment pas terribles, et puis les colons n'étaient pas chirurgiens. Par conséquent, les anus artificiels des lutins ont fini par s'infecter, et ils sont tous morts.

samedi 9 octobre 2004

Fantasmagorie

Ses cheveux ni courts ni longs eclaboussent l'air autour de sa tête, quelques mèches caressent ses paupières, et ses sourcils se froncent au dessus d'yeux auxquels je prête des couleurs envoûtantes, bien qu'ils soient peut-être tout simplement bruns. Elle opinerait du chef, se recoifferait du bout des doigts, et un sourire pourrait faire disparaitre un moment la crispation de ses traits. Mais ses mains reposent à côté d'elle, paumes contre sol, phalanges blanchies par le stress, et son regard détaille la texture du béton, tandis qu'elle égrène en silence des syllabes que je ne comprend pas. Moi, je suis patiemment le chemin des secondes sur le cadran de mon après-midi, rongée par une angoisse latente, prétextant avoir mieux à faire alors que j'évoque la chaleur de sa peau contre mes doigts glacés, jusqu'à sentir sa présence irradier au plus profond de ma chair.

J'ai peur de voir son rêve dévorer ma réalité.

mardi 5 octobre 2004

En passant

Il me tend un livre, ouvert à la première page, sur laquelle quelques mots sont inscrits.
- Tiens, toi qui adore les ragots...
J'attrape le bouquin, lis la petite dédicace, pas vraiment d'intérêt. Je le repose sur une des piles qui constellent le lit, tout autour de moi.
- Toi non ?
- Mouais... Le monde serait mieux sans ragots.
- Un monde sans ragots, ça serait un monde sans secrets.
Il interrompt son tri frénétique et se tourne vers moi.
- N'importe quoi.
- Mais si, l'humain EST voyeur.
- TU es voyeuse !
- Mais_ Non, tout le monde. Sinon, à quoi rimerait la presse pipole et les faits divers ? *
- Hmm...
Il est reparti dans son rangement, j'aphorise une dernière fois en feuilletant distraitement un enième ouvrage.
- Pour que l'être humain ne cherche pas à savoir ou à deviner, il faut qu'il sache déjà.


* Et la téléréalité, mais pour moi, ça n'existe pas.

mardi 24 août 2004

Copier/coller

Tiens, je l'ai eu aussi cet orage. De longues minutes à attendre qu'il s'arrête, des putain je vais louper mon train, je me précipite sous la pluie, le trottoir est cerné, je saute dans la flaque, tant pis, c'est la mousson, le déluge, j'arrive en catastrophe à la station de métro pour constater qu'elle commence à être inondée. Un mec fait passer les gens sur son skate, j'ai pas confiance avec mes 15 kilos de sacs, je piètine dans la flotte, tourniquet coincé, j'escalade, l'eau dévale les escaliers, j'en ai toujours jusqu'aux chevilles, un homme essaye de la chasser avec un balai. Je me jette dans la rame, trempée, encore 4h30 avant de pouvoir me sécher et me changer, bonheur. Ca commence bien.

En commentaire chez Lara, pour ce post.
Parfois, je me plante, et je blogue chez les autres. Ou alors, c'est du recyclage ehonté.

samedi 12 juin 2004

Vulgarisation scientifique

Afin d'occuper sainement mes mornes journées de vacances, j'ai décidé de procéder à la traduction, dans un langage accessible à tous, du livre que je suis en train de lire, à savoir "Le Pendule de Foucault", d'Umberto Eco.

c alor ke jvi l pendule
la sfere, mobil a l éxtremiT d1 lon fil, fixé a la voute du <3, decrivé c ample ossillation avc 1 isokrone majste. Jsavai – ms kikonke oré du sen rendre konte ss le charme de 7 pésible respiration :) - ke la periode étai réglé par la relatoin entr la racne² de la lgr du fil et ce nb pi ki irassionel au espri sublunères lol, par divine rézon li necessèreman la ciconferance au dimaètre de ts les cercle possible – si bi1 ke le tps de l’erance de 7 sfere d1 pole a lautre étai l’effé d’1 mistérieuz conspiration entr les plu intemporel des mesures, l’uniT du pt de suspantion, la dualiT d 1 dimansion abstrète, la nature tairnère de pi, le tetragone secré de la raconie, la perfekssion du cercle

vendredi 28 mai 2004

N'importe quoi

jeudi 12 février 2004

Julia & Thomas

Aujourd'hui, en cours d'Expression & Ecriture, on m'a forcé à écrire. Je veux dire, prendre un stylo pour écrire A LA MAIN (je vous jure !) et inventer quelque chose à partir de presque rien. Style les rédac' de primaire, en fait, vous voyez ?
Il fallait que le texte en question contienne les mots amour, trousse de secours, tronconneuse, vibromasseur, Julia, Thomas, cadavre, barbapapa et St Valentin. Globalement, il semblerait que les autres aient parlé de couples qui vont au cinéma, des trucs normaux, mais moi non, pas moyen, il a fallu que je me fasse remarquer.
Je ne suis pas très douée en fiction, le texte est rempli de clichés, et je n'aime pas trop la fin. Mais je crois que je suis quand même assez fière de ma connerie.

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mardi 10 février 2004

Insomnie

Les nuits blanches engendrent les nuits blanches, et malgré mon état de fatigue avancé, pas moyen de fermer les yeux. Tant pis, je louperais mon arrêt demain matin.
Alors je sors les boîtes à trésors, remplis de mes souvenirs, que je traîne sans les ouvrir depuis plusieurs années. Que j'enrichis parfois de conneries en vrac, glissées en vitesse.
Cinq années de bazar, disons, de 93 à 98. En gros. Des photos de moi entourées de plein de gens dont je scrute les visages pour leur redonner un nom, une existence, en vain. Lucie, elle, je crois ? A quoi bon...
Une collection que j'avais oublié de sacs plastiques fantaisies. Des paroles de chansons, en veux-tu en voilà, écrites, imprimées, traduites. Des pages blanches et des cahiers vides à foison. La trace d'une correspondance destructrice. Des poèmes, mauvais, si mauvais qu'ils en deviennent touchants. Encore des photos, 4 ans entre le Vercors et les USA, la différence de qualité est flagrante, ils ont boosté leurs AP jetables entre temps.
Regarder les paysages magnifique de CalifornieArizonaNevadaUtah et se dire, putain, j'y étais. Retourner un coin d'enveloppe, voir inscrit "image n°17 envoyé à Romaric", encore un nom qui ressort du passé. Retrouver les sujets du Bac, du concours de Pharma.
Et puis des brochures, des notes, des postits, des cartes, un fouilli de saloperies que je pourrais aussi bien jeter. Des trucs pas forcèment très explicables : un carton de Toblerone qui fait toujours de la musique, un bloc-note en forme de pinceau, une banane remplie de flyers... Et, juste en dessous de mes premiers dessins, un peu froissés, des trésors.
Je retourne m'allonger, je ferme les yeux. J'ai revécu ma vie, maintenant j'ai le droit de mourir durant les 4 prochaines heures...

mardi 13 janvier 2004

Mon univers

Depuis dix jours. De gauche à droite.

Mon lit, couvert de mon manteau, mon sac, l'intérieur de mon sac qui dégueule dessus. Un bouquin de physio, mon APN, des cours maintenant inutiles. Le CD des .fla pour mon projet d'ergonomie. Mon GSM. Mon shuttle et son écran, mon unique enceinte boiteuse et crachotante. Sur le shuttle, un casque de plus de cinq ans et des factures déjà payées. Un embrouillaminie de fil là-derrière. Le modem raie manta avec ses deux diodes qui clignotent. Un tas d'autres CDs, résidus de projets de BTS ou encore vierges. Des conneries qu'on m'a offerte, un Kochon en peluche, une vache en forme d'antistress. Ma tablette Wacom Graphire sous quelques feuilles remplies de numéros de téléphone de gens qui n'existent plus. Mon ghetto-blaster aka chaine hi-fi (relativement) portative. Portable, disons. Si on est motivé. Et sa télécommande. Par dessus, un tas pas très identifiés, l'intégrale de Satie, des catalogues que je devrais jeter, un bouquin d'ergonomie, Animeland, Computer Art, A Nous Paris. Deux bols sales, restes de mes repas frugaux de la journée. Deux dictionnaires, un français, un anglais. Encore un CD, un magazine, mon lecteur Nomade. Et du bric-à-brac, ampoule, stylo, déo, clés. Les cartons de mon déménagement, un tas de fringues. Le cône de signalisation orange et blanc. La fenêtre, les HLMs.

Au-delà, c'est trop tard, j'ai déjà tourné la tête.

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